Qu'est-ce que l'agroécologie ?

* Liste des qualificatifs de l'agriculture

Le terme polysémique « agroécologie » est souvent confondu, volontairement ou non, avec plusieurs autres qualificatifs de l'agriculture.

Cette partie du module a pour objectif de décrire succinctement les qualificatifs les plus couramment usités aujourd'hui afin de les distinguer du terme « agroécologie » quand il vise à qualifier l'agriculture, ou d'identifier les similitudes, le cas échéant.

Un article de Pervanchon et Blouet (2002) définit de nombreuses autres expressions et détaille la plupart de celles rapportées ci-après ; vous pouvez donc le consulter en complément de cette partie. Sauf mention contraire, le terme « agriculture » doit être compris dans son acception large i.e., l'activité ayant pour objet la culture des terres et l'élevage des animaux. Les références citées dans ce tableau sont récapitulées dans le grain suivant.

Pour un parcours rapide du module, limitez-vous aux termes marqués d'un astérisque (*)

  • A
  • B
  • C
  • D
  • E
  • F
  • H
  • I
  • A

    Qualificatif

    Définition

    Sources principales

    Agriculture(s)

    alternative(s)

    Cette expression (alternative agriculture) regroupe des systèmes de production variés se posant comme solutions de remplacement à l'agriculture conventionnelle. Les agricultures alternatives, ou stratégies alternatives (Cavelier, 1990), comprennent des systèmes aussi divers que l'agriculture biodynamique, l'agriculture biologique, l'agriculture durable, l'agriculture paysanne, etc. Cavelier (1990) précise que les agricultures alternatives ont pour objectif « de sauvegarder l'outil essentiel de production qu'est la terre enchâssée dans son écrin naturel et de restituer un meilleur équilibre entre la part d'autonomie individuelle et/ou communautaire et la part d'interdépendance avec l'extérieur ». La conservation des ressources (naturelles, humaines) est donc au cœur de ces agricultures alternatives, qui ne rejettent pas la productivité et « s'appuient souvent autant sur le savoir-faire empirique des populations locales que sur les connaissances abstraites acquises à l'extérieur, et l'approche scientifique aide à objectiver et à rationnaliser ce savoir-faire » (Cavelier, 1990).

    Altieri (1986) cité par Pervanchon et Blouet (2002) considère l'agroécologie comme l'une des bases pour la recherche d'agricultures alternatives.

    Anonyme (2009)

    Cavelier (1990)

    InPacT (2013)

    Pervanchon et Blouet (2002)

  • B

    Qualificatif

    Définition

    Sources principales

    * Agriculture

    biodynamique

    Initiée par le philosophe Rudolf Steiner, en Allemagne, en 1924, l'agriculture biodynamique (biodynamic agriculture) est une application à l'agriculture des préceptes de l'anthroposophie. Cette agriculture utilise la plupart des principes, méthodes et techniques de l'agriculture biologique complétées de pratiques qui lui sont propres comme l'utilisation de « préparations biodynamiques » (e.g., la bouse de corne) et la prise en compte des « influences de la périphérie cosmique » (e.g., les cycles lunaire et nycthéméral).

    En France, la marque Demeter certifie la mise en œuvre des pratiques biodynamiques (les cahiers des charges sont consultables sur le site internet de la marque).

    Demeter (2013)

    MABD (2013)

    * Agriculture

    biologique

    Dans les 28 pays de l'Union Européenne, l'agriculture biologique (AB ; organic farming/agriculture) est un mode de production agricole certifié, reconnu officiellement, garantissant la mise en œuvre de techniques respectueuses de l'environnement et du bien-être animal. Entre autres, l'agriculture biologique s'interdit l'usage de produits chimiques de synthèse.

    Dans toute l'Union Européenne, un règlement unique (Règlement (CE) n° 834/2007 du Conseil du 28 juin 2007 ) précise les règles à suivre pour la production, la transformation, la distribution, l'importation, le contrôle et l'étiquetage des produits biologiques.

    La version consolidée du règlement d'application , qui complète le règlement précédent, est consultable par ce lien.

    Historiquement « agriculture organique » et « agriculture organo-biologique » étaient des expressions voisines d'agriculture biologique ; elles sont rarement utilisées aujourd'hui.

    Agence BIO (2013)

    MAAF (2013a)

  • C

    Qualificatif

    Définition

    Sources principales

    Agriculture

    circulaire

    Par analogie à l'économie circulaire dont l'objectif est de produire des biens et services en limitant fortement la consommation et le gaspillage des matières premières et des énergies non renouvelables, l'agriculture circulaire s'inscrit dans le cadre du développement durable et vise la même parcimonie voire l'autonomie dans l'utilisation des ressources utiles à la production. Elle promeut un système alimentaire également économe en ressources pour la transformation et la distribution des produits, de même qu'un système de recyclage des déchets organiques qui en découlent afin de restituer au sol le plus possible d'éléments prélevés.

    Agriculture

    citoyenne et

    territoriale

    Pervanchon et Blouet (2002) indiquent que l'« agriculture citoyenne », l'« agriculture territoriale » ou bien encore l'« agriculture citoyenne et territoriale » remet l'agriculteur au cœur de son projet et de son territoire. Il (re)devient responsable, dans la collectivité et la société, de la qualité de ses produits, du développement de son territoire et du respect du patrimoine et des ressources.

    Pour les membres du réseau français InPact (INitiatives Pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale), une agriculture citoyenne et territoriale est une agriculture (i) qui respecte les communautés rurales et les paysans, (ii) qui respecte le vivant et les équilibres biologiques, (iii) qui crée du lien social, (iv) qui fournit une alimentation de qualité et (v) qui favorise l'autonomie des paysans. Les membres de ce réseau la considèrent indissociable d'une agriculture durable.

    Pervanchon et Blouet (2002)

    InPact Rhône-Alpes (2013)

    Agriculture

    chimique

    Cette expression, qualifie « une agriculture basée sur l'utilisation de produits chimiques : engrais à partir de la fin du XIXe siècle, puis pesticides à partir de la fin de la première moitié du XXe siècle ». « Actuellement cette expression est utilisée en opposition à celle d'agriculture biologique ».

    Pervanchon et Blouet (2002)

    * Agriculture

    de conservation

    L'expression est parfois associée à celle d' « agriculture du carbone ».

    L'agriculture de conservation (traduction littérale de l'anglais, conservation agriculture) caractérise les systèmes de culture dans lesquels sont mises en œuvre des techniques culturales reposant sur les trois principes suivant : travail minimal du sol, couverture permanente du sol, rotation des cultures. Ces techniques culturales sont par exemple les Techniques Sans Labour (TSL), le semis direct, les Semis de culture en semis direct sous Couvert Végétal (SCV).

    Récemment, l'expression « agriculture du carbone » a été utilisée comme synonyme pour mettre en avant les avantages attendus de l'agriculture de conservation ( séquestration du carbone par le couvert permanent, moindre utilisation d'énergie fossile par la réduction du travail du sol et l'arrêt du labour ) (Le document peut être consulté à titre d'exemple).

    APAD (2013)

    FAO (2013)

    * Agriculture

    conventionnelle

    Équivalent de l'anglais conventionnal farming/agriculture, ce terme caractérise une agriculture utilisatrice d'intrants chimiques de synthèse. Cette expression « est proche d'agriculture intensive, à laquelle elle sera préférée lorsque l'on ne précise pas le facteur d'intensification auquel on se réfère ». Griffon (2013) précise d'ailleurs que l'agriculture conventionnelle est caractérisée par « l'emploi de variétés végétales à haut rendement, l'utilisation intensive d'engrais[,] de produits phytosanitaires [et d'eau d'irrigation, l'utilisation intensive] de crédits de campagne [...] et d'équipement ». Cette agriculture utilise aussi, si elle est motorisée, « intensivement l'énergie fossile ». De plus, « l'élevage dit intensif est caractérisé par des races améliorées, une alimentation fortement énergétique, une protection sanitaire médicamenteuse étendue et un espace vital souvent restreint ».

    Pervanchon et Blouet (2002)

    Griffon (2013)

  • D

    Qualificatif

    Définition

    Sources principales

    * Agriculture

    durable

    L'expression est parfois associée à celle d' « agriculture environnementale », notamment au Canada.

    Le Ministère en charge de l'écologie définit l'agriculture durable (ou agriculture soutenable ; sustainable agriculture) comme « un mode de production agricole économiquement viable, socialement équitable, et qui ne nuit ni à l'environnement ni à la santé ». Elle est l'application à l'agriculture des principes du développement durable : un système est durable si, dans le temps, (i) sa rentabilité économique est assurée, (ii) le bien-être social du travailleur et du consommateur est garanti et (iii) le respect de l'environnement est effectif. Produire reste un objectif d'importance, couplé à d'autres comme conserver les ressources naturelles locales (dont la biodiversité), contribuer à la lutte contre le changement climatique, limiter l'érosion et préserver les sols, préserver et mettre en valeur les paysages, etc.

    En France, le Réseau Agriculture Durable (RAD) a déposé la marque « agriculture durable », communique autour de celle-ci et participe à des projets de recherche visant à démontrer la pertinence de cette forme d'agriculture. Selon le RAD, l'agriculture durable se propose « de répondre aux besoins d'aujourd'hui (aliments sains, eau de qualité, emploi et qualité de vie) sans remettre en cause les ressources naturelles pour les générations futures ». Pour ce réseau, l'agriculture durable repose principalement sur la mise en œuvre de systèmes de production autonomes et économes (voir agriculture économe) ; les techniques recommandées pour y parvenir sont par exemple : la diversification des cultures, la protection intégrée, l'utilisation d'engrais organiques en remplacement des engrais minéraux, la simplification du travail du sol, la promotion des systèmes de polyculture-(poly)élevage. Refusant de se poser en modèle, l'agriculture durable « tente d'apporter des réponses locales aux questions posées dans une perspective globale quant aux fonctions et à la place qu'occupe l'agriculture dans la société ». Le RAD insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un label mais plutôt d'un « horizon vers lequel tendre ».

    Cette expression est proche de celles d' « agriculture citoyenne et territoriale » et d'« agriculture solidaire », en particulier parce que, sur un plan socio-économique, l'agriculture durable doit favoriser la transmission des exploitations, répartir équitablement la valeur ajoutée du producteur au consommateur, agir sur la création d'activités en milieu rural et asseoir la solidarité entre producteurs.

    Anonyme (2009)

    MEDDE (2013)

    RAD (2013)

  • E

    Qualificatif

    Définition

    Sources principales

    Agriculture

    écologique

    L'expression est issue du concept d'ecological farming des anglo-saxons et est voisine de l'expression « agriculture alternative ». L'agriculture écologique vise à « une meilleure prise en compte de l'environnement dans les procédés agricoles ».

    Cette expression est aussi parfois utilisée comme synonyme d'« agriculture biologique ».

    Pervanchon et Blouet (2002)

    * Agriculture

    écologiquement intensive

    Cette expression, récente, est née au cours du Grenelle de l'Environnement, en 2007. La même année, Griffon est l'un des premiers à la définir : l'agriculture écologiquement intensive (AEI) est « une agriculture, non plus intensive en produits chimiques, mais qui utilise au mieux le fonctionnement des écosystèmes sans altérer leur renouvellement ». En 2013, Griffon précise sa définition en indiquant qu'une agriculture est « intensive en écologie si elle utilise beaucoup de fonctionnalités écologiques ». Cette « intensivité écologique [...] s'oppose au forçage chimique et énergétique pour les systèmes de culture et au forçage alimentaire et médicamenteux pour l'élevage ». Selon l'auteur, l'AEI cherche, par l'amplification des fonctionnalités écologiques, à « combiner productivité élevée et vertu environnementale », en ne s'interdisant pas l'utilisation réfléchie de nouveautés technologiques comme les organismes génétiquement modifiés. L'AEI est vue, par l'auteur, comme une mise en pratique de l'agroécologie, considérée comme une science.

    Dans sa vision stratégique 2008-2011, le Cirad utilise l'expression « agriculture écologiquement intensive » pour désigner une agriculture qui « doit s'appuyer sur les processus et les fonctionnalités écologiques qui permettent de lutter contre les bioagresseurs, de réduire les nuisances, de mieux valoriser les ressources rares, comme l'eau, ou encore d'améliorer les services écologiques (stockage du carbone, diversité biologique, prévention des catastrophes dites naturelles) ». L'AEI est alors l'exact synonyme d'« intensification écologique » ( cf. la définition de ce terme sur le site du Cirad ).

    Pour compléter, l'on peut préciser que l 'association AEI ou la chaire AEI sont des structures nouvelles ayant pour objectif de promouvoir et de mettre en pratique le concept d'agriculture écologiquement intensive.

    D'autres expressions, beaucoup moins utilisées aujourd'hui, sont vues comme des synonymes d'« agriculture écologiquement intensive » : « révolution doublement verte », « agriculture à haute valeur écologique », « agriculture à haute qualité environnementale ».

    Cirad (2008)

    Griffon (2007)

    Griffon (2013)

    Agriculture

    économe

    L'expression est souvent associée à celle d' « agriculture autonome ». Des systèmes de production autonomes et économes ont pour objectif de diminuer la dépendance des agriculteurs vis-à-vis des groupes agro-industriels en limitant « le recours à des produits achetés sur les marchés de fournitures agro-industrielles » et en favorisant la production sur l'exploitation d'engrais et d'aliments. Ce sont des systèmes qui cherchent à être économes en intrants et en énergie par le recyclage des effluents d'élevage, le pâturage de prairies associant des légumineuses à des graminées, etc.

    En France, le Centre d'Etude pour un Développement Agricole Plus Autonome (CEDAPA) a été l'un des premiers réseaux d'agriculteurs à promouvoir ces systèmes. Le Réseau Agriculture Durable (RAD), qui fédère de nombreux groupes d'agriculteurs (dont ceux du CEDAPA et des CIVAM, Centre d'Initiatives pour Valoriser l'Agriculture et le Milieu rural), en fait la base d'une agriculture durable.

    Bortzmeyer et Raveau (2011)

    CEDAPA (2013)

    Poly (1978)

    Agriculture

    extensive

    C'est l'opposé de l'expression « agriculture intensive » : un système de production agricole extensif utilise peu de facteurs de production par hectare ou par unité produite.

  • F

    Qualificatif

    Définition

    Sources principales

    * Agriculture

    à faible intrant

    Cette expression, de l'anglais low input agriculture, « qualifie une agriculture qui prône un achat minimum d'intrants à l'extérieur de l'exploitation (pesticides et engrais) et la production in situ d'intrants tels que fumier, compost, plantes de couverture ».

    Le qualificatif « à faible intrant » (ou « à faible niveau d'intrants », « à bas niveau d'intrants) est très souvent accolé au terme « itinéraire technique » (cf. par exemple, les travaux de Rolland et al. en 2003 ) voire au terme « système de culture » (cf. par exemple, les systèmes de culture économes en intrants ).

    Pervanchon et Blouet (2002)

    * Agriculture

    familiale

    « L'agriculture familiale se caractérise par un lien privilégié entre l'activité économique et la structure familiale. Ce lien influence la prise de décision en matière de choix des activités, d'organisation du travail et de gestion du patrimoine. [...] Cadre de l'activité familiale, l'exploitation fournit un revenu permettant d'assurer la subsistance du groupe [familial] et représente un patrimoine dont la transmission apparaît un objectif essentiel des stratégies de reproduction [de ce groupe]. »

    Ce type d'agriculture est encore présent, notamment dans les pays en développement.

    Cirad (2013)

    Agriculture

    fermière

    L'agriculture fermière (ou production fermière) est une agriculture dont « la spécificité réside dans le fait que les [producteurs] remplissent plusieurs fonctions : celles de produire, de transformer et de commercialiser auprès des consommateurs des produits et des services de qualité. [...] Les paysans assument l'entière responsabilité de ces [trois] fonctions ».

    La production fermière est défendue, en France, par la Fédération Nationale des Associations de Producteurs Fermiers (FNAPF) qui souhaiterait une règlementation de l'usage du terme « fermier ».

    L'expression peut être rapprochée d'« agriculture durable » et d'« agriculture paysanne », sans être toutefois un synonyme.

    FNAPF (2002)

    Agriculture

    forestière

    Cette expression est synonyme d'agroforesterie, qui est l'« association d'arbres et de cultures ou d'animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ ».

    AFAF (2013)

  • H

    Qualificatif

    Définition

    Sources principales

    Agriculture

    à haute valeur environnementale

    L'expression, née suite au Grenelle de l'Environnement (2007), caractérise une démarche volontaire, individuelle ou collective, de certification environnementale officielle des exploitations agricoles françaises. Ce principe de certification est inscrit dans le code rural et de la pêche maritime par la loi dite « Grenelle 2 » du 1er juillet 2010. Le Ministère en charge de l'agriculture précise que cette certification concerne les thématiques suivantes : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion des engrais et de la ressource en eau.

    La certification comporte trois niveaux : le premier niveau correspond au respect des exigences environnementales de la conditionnalité instituée par la Politique Agricole Commune (PAC) alors que le troisième niveau est fondé sur une obligation de résultats. C'est ce troisième niveau qui est qualifié de « haute valeur environnementale (HVE) ».

    MAAF (2013b)

    Agriculture

    holistique

    Cette expression regroupe l'ensemble des agricultures alternatives prônant une approche globale de l'exploitation agricole.

  • I

    Qualificatif

    Définition

    Sources principales

    * Agriculture

    industrielle

    L'expression traduit « l'application des principes économiques de l'industrie à l'agriculture ».

    Pervanchon et Blouet (2002)

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