III.2.3. Méthode du bilan prévisionnel

les besoins en azote varient au cours du cycle :

Le calcul de la dose globale repose donc sur l’établissement d’un bilan prévisionnel entre les besoins du peuplement et les fournitures du sol. En raison de l’impossibilité de prévoir en pratique les pertes par lixiviation durant la période de lessivage hivernal et de minéralisation automnale, le bilan est établi pour une période comprise en la sortie de l’hiver et la récolte de la culture.

un outil pour la gestion : le bilan prévisionnel de l'azote :

Nf - Ne + Rf = Re + MhB + Mha + Mhp + Mr + X + Xa

Avec pour les céréales à pailles :
Nf = Rendement objectif (q.ha) x Besoin b (Kg N / ha)
Ne = Azote déjà absorbé à l'ouverture du bilan
Rf = Reliquat d'azote minéral à la fermeture du bilan
Re = Reliquat d'azote minéral à l'ouverture du bilan
Mhb = Minéralisation nette de l'humus
Mha = Minéralisation supplémentaire par arrière-effet due à l'apport régulier d'amendements organiques
Mhp = Minéralisatoin supplémentaire due aux retournements de prairies
Mr = Minéralisation nette des résidus de récolte
X = Fumure azotée de synthèse
Xa = Fumure azotée sous forme organique (effet direct)
Le besoin unitaire (ou coefficient b) (en Kg N / ha) dépend de l'espèce; b = 3 pour le blé tendre d'hiver.

Les besoins à satisfaire sont évalués à partir d’un objectif de rendement qui dépend des potentialités du milieu (fonction du type de sol et de la probabilité d’occurrence d’évènements climatiques défavorables). Les fournitures du sol comprennent l’évaluation du stock de départ (reliquat sortie hiver, estimé sur la profondeur d’enracinement de la culture) augmenté des fournitures par minéralisation de la matière organique du sol au cours du cycle de la culture à fertiliser. L’aptitude d’un sol à produire de l’azote minéral dépend essentiellement de sa teneur en matière organique (qui fixe le potentiel de minéralisation) et des facteurs qui influencent l’activité des micro-organismes responsables de la minéralisation (acidité, état structural, humidité, température,...). Les conditions sont d’autant plus favorables à la minéralisation que le sol est aéré, chaud et humide. En climat tempéré, la production d’azote minéral démarre au printemps, passe par un maximum au début de l’été, diminue ensuite à l’automne et devient très faible en hiver. Dans un sol cultivé, la quantité d’azote libérée varie de 30 à 150 kg d’azote minéral par hectare et par an.

Les limites de cette méthode tiennent tout d’abord à ce que l’on fait un pari sur l’objectif de rendement, ne connaissant pas à l’avance les conditions climatiques qui détermineront pour partie les performances de la culture (intensité du stress hydrique par exemple). L’imprécision sur l’estimation de la fourniture du sol est une seconde limite. Ces fournitures varient beaucoup en fonction des régimes thermique et hydrique. Un moyen d’améliorer la précision du pilotage est de compléter la méthode du bilan par l’évaluation d’un indicateur du statut azotée de la culture. Dans la méthode JUBIL® par exemple, on évalue cet indicateur en dosant la teneur en nitrates du jus de base de tige. On apporte en début de culture une quantité d‘azote inférieur à celle calculée par la méthode du bilan prévisionnel. On ne complète cet apport que si la valeur de l’indicateur indique que la culture manque d’azote.

Les travaux menés dans les années 1980-1990 montrent que la contribution directe à la pollution nitrique des engrais apportés aux cultures annuelles est faible lorsque les doses et les dates d’apport sont correctement raisonnées. En revanche, ces études ont montré que l’azote issu de la minéralisation en période d’interculture estivale et automnale contribuait fortement à l’accroissement du stock à un moment où le sol est nu ou lorsque les besoins des cultures sont faibles. C’est donc une composante essentielle du lessivage du nitrate en période hivernale. La maîtrise de ce problème passe alors non plus par le seul raisonnement de la dose, mais également par les gestions des résidus de culture et l’introduction de cultures intermédiaires pièges à nitrates. L’intérêt de ces dernières est double : elles limitent le lessivage des nitrates et libèrent dans le sol, après leur incorporation, l’azote absorbé qui est ainsi mis à la disposition de la culture suivante. Les cultures intermédiaires peuvent également être utilisées pour recycler l’azote des effluents urbains ou agro-industriels épandus durant l’interculture.

 

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